Voir et comprendre autrement


Cette histoire de notoriété me trotte dans la tête depuis la disparition de J.D. Salinger. « Plus on se refuserait aux autres et au monde, plus on deviendrait enviable et désiré ! » Sans doute, mais pour cela faudrait-il déjà avoir acquis une certaine notoriété. N’être rien et vouloir le rester me semble stupide et ne pas correspondre à l’époque actuelle. Les écrivains qui se plaignent de devoir se plier à l’humiliante nécessité de devenir un « people », de répondre aux multiple interviews radio ou télé, sans parler des séances de dédicaces aux « foires » du livres, devraient penser à cette phrase que Holden Caufield observe dans « L’attrape cœurs » justement  : « Ce qui me fout en l’air à propos d’un livre que vous venez de terminer de lire, c’est que vous souhaiteriez vraiment que l’auteur soit un de vos amis ». Moi je pense que la pire des mortifications rencontrée par un auteur, c’est justement de ne pas partager son travail avec une autre personne. Un autre lecteur. J’aimerais moi aussi –  parce que je viens de publier un roman (« THÉÂTRE D’OMBRES » éditions de la Fremillerie) – dont les intrigues se déroulent entre Thaïlande et Malaisie – pouvoir en discuter avec des lecteurs curieux de voir et comprendre le monde autrement.

Et à propos « d’autrement », je faisais remarquer à un  jeune diplômé d’une école de commerce, que beaucoup d’hommes thaïs allaient entrer au monastère pour 49 jours. « Pourquoi faire ? » Bonne question. J’explique les raisons pour lesquelles ces quelque cent mille hommes vont prendre la robe, prier et méditer : « pour tenter, ensemble, de se concentrer sur leur appartenance à un pays et une religion… » Dans le contexte de la France aujourd’hui, mon enthousiasme pour une telle démarche ne pouvait être que grossière, déplacée, incongrue, stupide. Passons. « De toute façons, cent mille hommes par rapport au 65 millions d’habitants ce n’est pas tant que ça !! » Réplique mathématique d’ingénieur mathématicien ! Je demande au garçon d’étayer sa réponse. « Eh bien par rapport aux possesseurs de téléphones portables par exemple ce n’est pas beaucoup ! ». Évidemment on peut voir le monde en chiffres, et dans ce cas que veut dire "beaucoup" ?
Cent mille hommes vont prier ensemble, méditer ensemble, jeuner ensemble afin de resserrer des liens et une appartenance à leur pays et leur religion,  le bouddhisme, et tenter de conjurer le mal qui est fait dans le grand sud de la Thaïlande, ou des rebelles musulmans égorgent des moines et ou les professeurs – volontaires – qui enseignent là-bas, sont tenus de le faire avec une arme dans la poche.
3400 morts depuis 2004 dans le sud profond de la Thaïlande, ce n’est pas beaucoup non plus ! Comme quoi, tout est toujours question de point de vue et de capacité à voir et comprendre le monde autrement.

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