Le moine et le fugitif : compte à rebours

Tandis que la tension monte à Bangkok, en attendant
ce que les journaux appellent, le « judgment day » (qui doit résonner comme
le « jugement dernier » pour « Thaksin le fugitif »),  tout le monde se demande où se cache ce dernier.
On le croit à Dubaï, mais il n’y serait plus le bienvenu ;  en effet des bruits courent qu’on pourrait l’échanger
contre un criminel britannique réclamé par l’émirat et détenu sur le territoire
thaï. Bref, le fugitif passerait beaucoup de temps en Afrique ou autres pays
aux dictatures contestables et chez son allié, l’ex khmer rouge Hun Sen,
Premier Ministre du Cambodge.

Tandis que les quotidiens spéculent sur l’issue
de ce « jugement », je me demande plus prosaïquement si mon
« moine préféré » va tenir jusqu’au bout de ses 49 jours en
« moinitude ». Lui si enjoué, dont la voix m’enchantait de
ritournelles thaïes à chacune de nos conversation téléphoniques, a maintenant
la voix posée des hommes sages et son ton est contrôlé, presque docte, loin de
sa spontanéité habituelle. Il me dit suivre (avec une délectation inquiétante),
les durs travaux du temple, non seulement l’entretien de ses
« robes » (heureusement les moines ne portent pas de sous-vêtements),
mais aussi le balayage et le nettoyage des latrines. Qu’il prenne plaisir à
méditer et a se plier aux règles monastiques, d’accord, mais les marches pieds
nus l’ont blessé et l’infection. par manque de nourriture et de sommeil, – et
soignée de simples badigeonnages de « yaa si daeng » (mercurochrome) –
 risque fort de s’aggraver. Au point que
le père-abbé l’a momentanément relevé de la corvée de « Bin tak bat »
(recueil des offrandes tôt le matin… pieds nus). Mais plus que cette blessure,
c’est le sifflement de sa respiration qui m’inquiète car Anusorn est sujet aux
crises d’asthme qui ont déjà nécessité des hospitalisations d’urgence.

Je ne sais pas s’il a fait un pari avec lui-même
ou avec son Bouddha, mais il s’obstine à « garder la robe ». Comme je
lui faisais remarquer que, ne pas le supplier de sortir du temple, c’était
quasiment de la « non assistance à 
personne en danger », il m’a promis – mais peut-être n’est-ce que
pour me rassurer – qu’il demanderait à son « Luang Phaw », la
permission de troquer la robe safran contre la tenue blanche des
« nak », ce qui lui permettrait de sortir du temple et éventuellement
d’aller dormir dans sa famille à Uttaradit.

Pendant ce temps, attablée à un « Wawee
café » de la rue Ratchadamnoen, le long de laquelle les marchands du
dimanche installent leurs stands, je déguste sans honte, mais en comptant les
jours – mon compte  à rebours à moi
  un américano adouci d’un sublime
cheese-cake à la fraise.

Dimanche 1

Dimanche 2 Dimanche 3

 

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