La mise à mort du moustique

Tandis que beaucoup de thaïs retiennent leur souffle en attendant le verdict de vendredi –  « J moins 3 » -annoncent les journaux,  les commentaires vont bon train sur l’issue du procès. « Le noyau dur de Thaksin croit que si leur idole perd toute sa fortune, il sera trop heureux d’entraîner tout le pays avec lui. Ses intentions ont toujours été claires : s’il ne peut pas vivre heureux, personne ne doit l’être. C’est un homme dangereux, il ira jusqu’au bout pour satisfaire sa vengeance ». Voilà ce que l’on peut lire dans « The Nation » aujourd’hui. Pas très rassurant et l’éditorialiste de continuer : « Tous les astrologues sont devant leur boule de cristal. Aucun d’entre eux ne prévoit de fin pacifique à cette tourmente politique. Mais le plus encourageant, c‘est que dans le passé, la plupart d’entre eux se sont toujours trompés dans leurs prédictions de calamités »

 

Pendant ce temps, sans consulter d’astrologue, je peux m’attendre, moi,  à quelques frictions avec mon moine lorsqu'il quittera la robe pour revenir à une existence « normale ».  Pour vivre en harmonie, Bouddha enseigne, parmi les 5 principaux préceptes, de ne pas tuer. Tout être humain chérit la vie et désire vivre. De même que nous n’avons pas envie d’être agressé, nous devons nous restreindre de nuire ou d’ôter la vie –  tout vie humaine –  y compris celle d’un moustique. Et voilà le problème. Chaque matin, dès mon réveil, j’ouvre grande mes porte-fenêtre afin de laisser entrer un peu d’air encore frais dans mon appartement. Des moustiques femelles en quête de nourriture se précipitent dans ma salle de bains où règnent chaleur et humidité, l’endroit idéal pour la reproduction. Je me demande si ces diptères qui pourrissent votre sommeil la nuit, ne disposent pas d’une intelligence inversement proportionnelle à leur taille. J’entre dans la piece, ouvre la lumière, c’est alors qu’apparaît mon premier ennemi. Il se manifeste avec une certaine hardiesse, me nargue en se promenant devant le miroir – immense – où son reflet ajoute à la confusion. Est-ce son double ou sont-ils déjà en couple ? En Thaïlande la journée devrait commencer par un sourire, par un remerciement à la vie, par un salut au soleil déjà présent dans le ciel ou  par un « waï » au temple qui se trouve en haut du Doï Suthep, face à  mes fenêtres. Eh bien non, mes journées à moi commencent  par un meurtre.  Meurtre déterminé, obstiné, assumé, à l’issue d’une implacable bataille : moi, raquette électrique (made in China) en main, versus le moustique qui, dès que je me suis saisie de l’arme fatale, joue délibérément à cache-cache, et si possible dans les zones d’ombre. Je finis toujours par gagner-  je suis plus intelligente que le moustique –  mais au prix d’une lutte sans merci, d’obstination têtue et d’un désir de meurtre évident. Finalement n’est-ce pas toujours la violence qui l’emporte ? (non, non il n’y a pas forcement de rapport avec la situation politique).  A l’issue de cette guerre matinale,  c’est un délicieux et définitif bruit sec et claquant qui confirme la mise  à  mort. Mon moine va avoir du mal à me convaincre d’observer ce premier précepte de Bouddha. Après tout je ne suis pas bouddhiste !

 

 

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