De l’influence des elephants en politique.

Pour en finir – momentanément – avec le feuilleton  « Thaksin le fugitif », reconnu coupable d’abus de pouvoir durant son mandat de Premier Ministre, tous les medias s’accordent pour dire que c’est maintenant que va commencer son vrai procès : « manque à gagner »  pour l’état : 150 milliards de Bahts. Thaksin est à genoux.

Hier je relevais la remarque d’un « chemise rouge » expliquant qu’il valait mieux croire aux esprits qu’en la justice, car les esprits eux, vous soufflaient parfois le bon numéro de la loterie. Dans ce monde divisé en deux : urbains//ruraux, modernes//traditionnels, riches//pauvres, éduqués//« baan nawk » (« plouc » est la traduction la plus juste de ce terme méprisant)….et finalement  « jaunes » //« rouges », je me demande ce qui rapproche ces deux camps divisés pour longtemps encore. Je me suis alors rappelé qu’il y existait bien un pont entre ces deux frères ennemis : « la croyance aux esprits »

Croire que seuls les gens simples, non-éduqués, traditionnels, pauvres et ploucs… en un mot « rouges », consultent sorciers et devins est une erreur. En Thaïlande, dignitaires, gradés, politiques, généraux, chefs d’état consultent eux aussi les astrologues. Le plus réputé du pays, Varin Buaviratlert, qui est également medium (quelque chose comme « maw doo » : litt. « Docteur qui voit »), dit correspondre avec un ascète de l’Himalaya nommé Rishi Kewalan, et effectue des rites particuliers au cours de cérémonies secrètes pour « garder ou augmenter sa fortune », et « corriger son karma ».

La politique en Thaïlande est donc à la merci des étoiles, des esprits et des forces occultes. Le coup d’état de 2006 par exemple, serait survenu peu de temps après que quelqu’un ait détruit l’image de Brahma dans un des endroits les  plus visités de Bangkok : le sanctuaire Erawan, au carrefour de Rachadamri et Ploenchit, au pied de l’hôtel Grand Hyatt Erawan. Erawan est le nom ancien et sacré pour éléphant. Le roi a son propre éléphant blanc, rien à voir bien sûr avec les éléphants avec lesquels on fait spalsh dans les parcs et qui eux s’appellent tout simplement « chang » comme la bière (ou plutôt l’inverse). L’éléphant, animal sacré, a la réputation de porter bonheur.

Thaksin, le business-man milliardaire, le roi de la High Technology, s’est lui aussi prêté à certains rites magiques pour avoir toutes les chances de son côté. En 2004, lorsqu’il s’est trouvé confronté à une forte opposition, il aurait fait plusieurs visites dans un temple réputé de Rangoon en  Birmanie et se serait adonné à des rites khmers et a certaines pratiques propres au sud de la région Isan.*… comme de marcher sous un éléphant par exemple.

Je sais comment ça fonctionne, je me suis pliée à cette coutume ancestrale. A l’époque je tentais de filmer un documentaire sur les rites magiques Isan. Mon assistant m’avait expliqué les bénéfices qu’on pouvait tirer à passer sous le ventre d’une éléphante qui venait de mettre bas, je me suis donc pliée à ce rite, gorge serrée, pendant les quelques secondes au cours des 3 « passages » obligatoires sous l’imposant animal. Que ne ferait-on pas au nom de l’expérience !

Les hommes politiques thaïs croiraient-ils davantage aux esprits qu’au pouvoir du peuple ?  Pourtant on dirait bien que les choses sont en train de changer….

*"Jungle book" de Chang Noi – édition Silkworm books

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.