Le paradoxe des Minangkabau à Sumatra

Islam et tradition : le foulard sous le casque

Quand ai-je entendu pour la première fois le mot Minangkabau ? Je ne m’en souviens plus. Mes souvenirs remontent à 1979 lors de mon premier voyage à Sumatra, sur le lac Toba. Voyageant seule et étant limitée dans le temps, je n’avais pu dépasser les limites du pays Batak autour du lac Toba et sur l’île de Samosir. Je me réservais le territoire Minang pour un autre voyage qui n’eut jamais lieu. Je le réalise seulement aujourd’hui, 36 ans plus tard. Il y a chez moi, faute d’une grande culture universitaire, une curiosité indéfectible pour  les autres cultures (principalement celles d’Asie) une curiosité que l’âge n’a pas altéré – au contraire – plus quelque chose de têtu qui tient peut-être à mon signe astrologique, le capricorne, et enfin la suite que j’ai dans les idées. And here I am.

J’aime voyager pour mon plaisir, celui-ci n’étant ni farniente ni doigts de pieds en éventail, il est plutôt dur chemin solitaire parfois, pour mieux rencontrer, communiquer, échanger avec ces autres dont les cultures sont peu à peu en train de disparaître, bouffées par la modernité, qu’à une époque on appelait occidentalisation ! le mot n’a plus de sens aujourd’hui, ces pays d’Asie, dont l’Indonésie, sont passés en quelques années, du stade quasi moyenâgeux à celui de la haute technologie.

Je suis donc en terre Minangkabau, tribu à la culture matrilinéaire, une culture originale en train de s’effacer, couverte peu à peu par l’islam

Quand je dis « tribu » ou « groupe ethnique » on pourrait imaginer – à tort – un peuple primitif vivant dans la jungle ou dans des villages inatteignables – ils le sont parfois – mais jamais par les moyens de communications modernes, je veux dire Facebook en même temps qu’ils sont couverts en permanence par les prêches des imams appelant à la prière à longueur de journée depuis les mosquées présentes absolument partout. Pas le plus petit coin de terre sans sa mosquée. Pas de traversée de ville sans que des bénévoles fassent la quête sur la route avec des sortes de filets de pêche dans lesquels les automobilistes jettent (non pas pièces, elles sont quasiment inexistantes) mais des billets pour la construction de toujours plus de mosquées.

Paradoxe donc que ce pays partagé entre haute technologie et islam (rétrograde), entre traditions millénaires et uniformisation par le voile.

Et pourtant il y a trente ans, comme me l’a montrée Anita, une femme d’affaire Minangkabau – les femmes Minang ne portaient pas le voile ou très peu. Et pour confirmer ses dires, elle sort pour moi ses albums photos de mariage, ses photos de voyages avec famille et amis sur lesquelles personne ne porte le voile.

Ainsi étaient aussi mes souvenirs : ceux de femmes sans voile ou si peu.

Alors ? C’est Anita, qui ne porte toujours pas le voile qui me répond : « C’est une décision prise par le gouvernement qui ordonne de porter le voile depuis le jardin d’enfant » … Après ? après, l’habitude est prise, c’est comme de mettre ses chaussures le matin. Comme d’enfiler une jupe ou un tee-shirt.

 

BLOG MINANG 1L6A6481

Sous le voile, l’envie de charmer

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