CANON, attraction ou convoitise ?

Un appareil photo, ça créé des liens

Je ne peux voyager sans, autour de moi, créer des liens, des rapports de connivence, des amitiés. J’use de stratégie pour déclencher la complicité. J’en suis moi-même parfois « victime », victime consentante.

Durant mon court séjour dans le nord du Maroc mon Canon fut l’objet d’approches, de convoitises, de partages.

Volumineux, encombrant, lourd, il reste néanmoins mon plus fidèle compagnon depuis des années. Même si je lui fais des infidélités avec un discret Samsung.

Dans un café de Chefchaouen dans le Rif marocain, il est posé sur la table près de moi. Innocent, inoffensif (je ne shoote personne) ; dans la ville bleue on se méfie de lui.

Mehdi, photographe de Casablanca s’approche de ma table : « vous êtes photographe ? » Aussitôt on échange. Lui avec le même Canon et son 17/40, moi avec mon 70/200.

Les rapports sont fantastiques dès que l’on partage une passion commune et j’admire – sur le PC de Mehdi – ses merveilleuses photos de Fantasia, de mariages, de fêtes d’entreprise. L’occasion de découvrir un Maroc jeune, branché, dynamique. Avec son grand angle, Mehdi s’approche tandis que moi, avec mon 70/200, je prends de la distance.

Des instants nés dans la vraie vie se prolongent presque toujours sur les réseaux sociaux, j’aime cette prolongation du réel (parfois c’est l’inverse absolu ; des rencontres virtuelles se concrétisent autour d’un café ou d’un dîner). Ma page FB est un kaléidoscope de langues : thaïe, indonésienne, birmane, chinoise, arabe.

Mon Canon me vaudra d’autres rencontres. Avec Malak, jeune femme de chambre de mon hôtel à Tanger. Admirative elle me le montre du doigt, moi je lui mets entre les mains. Elle fait semblant de shooter. Excitation.

Une autre fois, sur la place face à la kasbah où je prends un thé, le serveur me dit « je suis aussi photographe » et demande à emprunter mon appareil avec lequel il disparait aussitôt pour aller photographier… des chats.

Parfois ce n’est plus l’œil du photographe qui est attiré par mon appareil mais ceux qui se demandent « combien ça coûte ? », il y a aussi ceux qui me mettent en garde « une femme, avec cet appareil, faut pas sortir la nuit, c’est dangereux ». Je suis sortie la nuit avec mon appareil autour du cou. J’ai eu de la chance ? La vie est risque, tentation, provocation, jalousie, mais aussi partages et challenges. Grâce à Mehdi je vais ressortir mon 17/40 de sa cachette et essayer de voir le monde « autrement »

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