Le génie de Chefchaouen

« Celui qui est habitué à ton pain, aura faim en te voyant »

Rencontres de hasard ou provoquées, qu’importe ! celle que je vais vous raconter est, elle, pur hasard.

Je marche dans le dédale des rues de la médina de Chefchaouen, on s’y perd tant elle est tentaculaire, il vaut donc mieux avoir de bonnes jambes. A un carrefour de ruelles, je tombe sur un groupe d’enfants et d’adultes, nez sur le trottoir à la recherche de ce qui doit être un trésor, vu leur concentration. J’interroge : “vous avez perdu quelque chose” ? Un grand gaillard tout maigre et un peu édenté m’indique un vieillard d’un coup de menton : « il a fait tomber une pièce de 1 dirham ». (10 dirhams c’est environ 1 centime, alors 1 dirham !). Aussitôt je dis : « pas de problème, je vous le donne ce dirham » que je sors aussitôt de mon porte-monnaie et tends au vieillard qui a perdu sa pièce. Aussitôt il la donne à une petite fille qui s’en empare et détale en courant. « Un dirham symbolique » dit le grand gaillard. Une autre petite fille interroge : « c’est quoi symbolique » ? « Difficile à expliquer à un enfant » répond le grand édenté qui s’appelle Zohair.

Alors la conversation s’engage avec celui qui se nomme avec malice « le génie de Chefchaouen ». On parle des Chinois ces nouveaux touristes au Maroc. J’explique, qu’à cause de leur naïveté, ils sont victimes souvent de pickpockets dans le métro Parisien. On évoque donc les pauvres, les mendiants de la rue dans la capitale française. « Tu donnes de l’argent ? » me demande Zohair. Je réponds que oui, pas toujours, mais souvent. « Donner ne sert à rien » conclut-il doctement. Etonnée je lui demande de m’expliquer pourquoi, son point de vue m’intéresse. « Tu ne sais pas dire non hein ? » J’avoue. Et avant de poursuivre sur sa vie parsemée d’embûches mais dont il s’est toujours relevé avec obstination, Zohair me dit cette phrase sublime : (que je m’empresse de noter dans mon petit carnet de peur de ne pas m’en souvenir mot pour mot) « Celui qui est habitué à ton pain, aura faim en te voyant »

Notre conversation se poursuit dans un Ryad proche pour lequel il travaille et autour d’un thé à la menthe,  et Zohair lance dans l’air encore frais du matin, des vers de Verlaine, de Rimbaud, de Victor Hugo. Un génie qui a étudié la poésie française. On n’en rencontre pas tous les matins.

Conclusion : toujours s’arrêter pour discuter,on ne sait jamais sur quel malfrat ou sur quel « génie » on va tomber.

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