Voyage entre Bastille et Montparnasse

Nous appartenons à la femme

Il y a de moins en moins de « bouts du monde » même si j’en ai un peu goûté du temps de ma jeunesse indocile et aventurière. En revanche l’insolite peut être à Paris. Entre Bastille et Montparnasse. Entre 11è et 14è arrondissement.

Ça commence par un dîner « Street-food thaï » avec une amie Thaïlandaise rencontrée il y a quelques années à Utaradit, pays de mon compagnon thaï. De la rue de la Roquette au Bd Montparnasse j’emprunte un taxi. Circulation intense et anormale du côté de la gare de Lyon : voitures de police, ambulances. La conversation avec le chauffeur s’engage autour des attentats. De la peur. « De la peur qui n’éloigne pas le danger » me dit Raphaël originaire de Côté d’Ivoire. Du sud-ouest, de la région des Krou, et plus précisément de l’ethnie Diba (J’ai pris un stylo pour noter dans un petit carnet qui ne me quitte jamais)

« Pourquoi avoir peur de la mort, pourquoi la repousser ou ne pas l’intégrer dans la vie puisqu’elle est inévitable ? On ne vit d’ailleurs que dans cet interstice-là : entre naissance et mort ».

« Dans mon pays, seules les femmes sont maîtresses de la naissance et de la mort. Ah oui, nous sommes chrétiens ».

« Chrétiens animistes ? » je demande.

Raphaël rit « Oui » et poursuit : « Nous appartenons aux femmes. Entièrement. Ce sont elles qui prennent soin des morts, les préparent, les embaument. Nous, les hommes, on ne voit les morts qu’au moment de la cérémonie. Même chose pour l’arrivée dans la vie. Ce qu’elles font les femmes à ce moment-là, on ne sait pas, on ne veut pas savoir, on remarque seulement qu’il n’y a pas d’enfants anormaux à la naissance chez nous, les Diba ».

« Vous voulez dire … ? »  Raphaël rit. Je comprends sans la nécessité des mots.

« Les femmes sont maîtresses de la vie de de la mort. Ces préparatifs de la mort sont importants et nécessaires. Si on meurt en France, le corps doit retourner, non seulement au pays mais dans le village où il est né. Ça coûte très cher de rapatrier les corps mais on doit le faire. »

« Nous appartenons à la mère. A la femme »

Voilà un pays où j’aimerais aller, chez les Krou de Côte d’Ivoire et plus particulièrement chez les Diba. En attendant Raphaël me donne son numéro de tel. « On pourrait poursuivre cette conversation autour d’un verre si vous voulez, appelez-moi ».

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