Anecdote brève et décisive. Pour l’honneur ?

Le sens de l’honneur au Japon

Lorsque je voyage, ce sont le plus souvent les petites histoires qui m’intéressent, elles sont la trame d’une plus grande histoire, celle avec un h majuscule.

J’en raconterai une aujourd’hui. Elle a trait au taxi et s’est déroulée à Wakayama, un port où ne traîne nul touriste, mais j’y ai découvert deux pépites : un musée d’art moderne pour moi toute seule, l’autre, un petit jardin avec étang, attenant au château de Wakayama et où je flânais seule dans des buissons d’hortensias bleu, le “Momijidani garden”.

C’était mon dernier jour au Japon avant de reprendre l’avion le lendemain matin à Kensai, l’aéroport d’Osaka. Je demandais à une jeune réceptionniste de m’indiquer un endroit pour faire mes derniers achats (souvenirs et gâteries pour mes petites filles). « IL n’y a rien dans le centre » me dit-elle, « il faut aller dans un “mall” à une quinzaine de kms de l’hôtel. » Elle écrit l’endroit sur un papier que je confie au chauffeur, un homme de près de 80 ans.

On s’éloigne de la ville pour traverser une banlieue triste. La vie semble paralysée dans une tranquillité presque inquiétante, loin du grouillement de Kyoto.

Enfin on arrive devant le mall, en fait un supermarché entouré d’un parking presque désert. Une sorte de Géant Casino de banlieue.

Je marque des signes de mécontentement, mon seul langage possible et très vite je pense « si on me largue là, au milieu de vieillards poussant leur caddy, comment vais-je rentrer à l’hôtel » !

Le compteur marque l’équivalent de 30 euros. Je me cache le visage derrière les mains et remue la tête en signe de déception. Ce que je ne sais pas c’est que le chauffeur prend cette déception pour lui, enfin je le suppose. Je lui fais comprendre que je veux retourner à l’hôtel. Il passe alors la main sur son compteur, me faisant comprendre que je ne paierai qu’un seul voyage et non l’aller et retour.

Arrivés à l’hôtel je pose mes 3200 yens sur le petit plateau posé entre les 2 sièges avant, le chauffeur me les rend. J’insiste et lui demande « more » ? il fait non de la tête, je fais mine de sortir, il me dit « no » et me rend l’argent. J’insiste encore, hésitant entre honte et tristesse. Il ne veut pas de mon argent. Et pour que je n’insiste plus, il actionne le mécanisme qui ouvre automatiquement la portière. Je me cache le visage dans les mains pour tenter de lui dire ma confusion. Il sourit et me dit au revoir.

Il a passé 1 heure avec moi, nous avons parcouru l’équivalent de 30 kms et il n’a pas gagné un seul yen. S’il travaille encore à 80 ans, c’est parce qu’il a besoin de travailler, pas pour le plaisir.

Je raconte ma mésaventure à la réceptionniste, étonnée de me voir rentrer si tôt.  Elle n’explique rien mais sourit. C’est ainsi.

L’honneur de n’avoir pu contenter la voyageuse capricieuse que j’ai été  ? Je ne saurai jamais mais je suis prise d’un chagrin profond et les larmes me viennent aux yeux.

L’honneur ? peut-être. Sans doute. Sûrement.

3 Replies to “Anecdote brève et décisive. Pour l’honneur ?”

  1. Oui mais je me rappelle de cette histoire si belle, le principal c’est qu’il se sente bien de ne pas avoir encaissée cette ballade.
    tu le reverras peut-être à ton prochain voyage au Japon !!
    Ta photo est superbe !!

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