Droit de critique : liberté d’expression ?

Il y a un débat qu’il serait intéressant de mener en Thaïlande,et ailleurs… à la condition de ne pas mettre en face les « pour » et les « contre », car ça tournerait au pugilat, c’est celui concernant  la liberté de parole des résidents, des expatriés, des farangs… la liberté d’expression de ceux qui vivent ici, un moment, longtemps ou jusqu’à leur mort.

« Le droit à la critique du pays d’accueil ». Ou tout simplement le droit à « parler de.. », à « discuter de… », à « remettre en question »,  à « traduire »… Souvent je me contente de traduite mot à mot des extraits de discours de sa sérénissime Prayuth Chan o cha. Pas la peine de le critiquer lui ! C’est un show à lui tout seul !

Les Thaïs en général et khun Dusit Thammaracks en particulier,  résument assez bien l’idée générale : « Vous, farangs vous n’êtes pas équipés culturellement et intellectuellement pour saisir la complexité de la Thaïlande et du peuple thaï ». C’est assez croquignolet lorsqu’on connaît – justement – bien la Thaïlande, son histoire, sa politique. Un universitaire thaï parlant parfaitement le français me faisait remarquer récemment « que je connaissais mieux la Thaïlande que la plupart des Thaïs », ce qui n’est pas très compliqué.

Pour certains, nul doute que khun Dusit a raison. Mal équipés les farangs ! Et Dusit de rajouter : « Prenez-nous comme nous sommes ou dégagez » !

Certains Thaïs, bien équipés culturellement eux – donc – ont cependant des comportements pour le moins dédaigneux envers ceux qui, en tant que touristes, résidents, hommes d’affaires, profs payés ou bénévoles, ont dépensé, apporté, contribué, d’une certaine façon, au développement et à l’enrichissement de leur pays.

Je n’ai pas fait de chichi lorsqu’en 2000, le responsable de la section « langues étrangères » de l’école  Phitayanukul (dont j’ai oublié le nom mais gardé les courriers) me demandait avec insistance de rester à Udon pour « aider », non seulement les élèves de la section « français » mais aussi  les professeurs thaïs enseignant cette langue (pardon, mais je les comprenais mieux lorsqu’ils parlaient en thaï que lorsqu’ils s’exprimaient en français).

J’ai accepté les conditions de l’école (moi avec une jupe longue !) et les horaires (être présente pour la levée du drapeau et l’hymne nationale avant 8 H du matin même si mes cours ne démarraient qu’à 10 heures). Cours du soir gratuits dans ma chambre de guest house le soir. Puis cours pour adultes à l’université Rajabhat, puis dans une école de jungle à Huay Pha, et dans quelques monastères, cours d’anglais à de jeunes moines. J’ai donné gratuitement, sans compter, passant plus de temps à préparer les cours qu’à les donner. Parce que je le voulais bien. Parce que j’étais fière d’aider un pays que j’aimais.

Que je me révolte contre certaines déclarations faites par un chef d’état peu diplomate qui traite son peuple, enfin les pauvres, de « vous n’avez qu’à travailler plus pour devenir riches » (juste un exemple) ou qui se montre grossier envers des réfugiés, ne montrant aucune humanité envers eux, les traitant ouvertement comme du bétail…est-ce normal, anormal ? Je prends la liberté de traduire et de critiquer même, dès l’instant où je ne touche pas au « sacré » (Phra ma ha kaset)

Certains “farangs” applaudissent le comportement de Prayuth, c’est leur droit, chacun a droit de montrer ses limites, et me « vouent aux gémonies » (Les escaliers des Gémonies étaient le lieu où l’on exposait à Rome les corps des suppliciés. Vouer aux gémonies consiste donc à promettre un destin peu enviable à quelqu’un). Du coup, je finis par tomber d’accord avec khun Dusit !

Pour résumer : j’ai donné beaucoup à la Thaïlande, en fait j’ai donné sans compter, sans rien exiger en retour, très souvent sans salaire. Ce furent mes conditions. J’en avais les moyens. Ça ne me donne aucun droit, mais ça me donne quelques devoirs : celui d’expliquer ce que je perçois de ce pays, à travers mes écrits et en partageant ceux de journalistes ou de quelques « academics » (professeurs) qui pensent et s’expriment intelligemment.

En attendant, je vais donner un coup de balai devant ma porte : virer quelques dormants sur ma page FB, bloquer quelques emmerdeurs et continuer d’éduquer mon chéri, ex militaire. Khao djaï mai ? Tha maï khao djaï, maï pen raï kha. « Paï narok si » (ça pourrait être l’équivalent un peu tiré par les cheveux de :  vouer aux gémonies à la thaïlandaise !) En termes plus populaires, mais  polis : (si vous ne comprenez pas) “allez en enfer “!  Ben oui, ici on ne dit pas « allez-vous faire voir ».

FB L6A0111

2 Replies to “Droit de critique : liberté d’expression ?”

  1. “Le droit à” devrait être assimilé à liberté d’expression… Il faut dire en y mettant les formes, un coup de gueule peut être fait avec élégance…

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