Méfiez-vous des postiers !

Le 5 novembre 2010, j’écrivais ceci :

“Than Shwe, ce nom ne dit rien au trois quart de la planète, un nom de dictateur, l’un des pires avec Hitler, Staline, Pinochet, Videla, Mugabe, Amin Dada, Pol Pot, et j’en passe. Than Shwe est le tyran qui règne en maître absolu sur la Birmanie depuis 1992. Il a fait de ce pays (lui et son prédécesseur Ne Win) –  considéré comme « le bol de l’Asie » – l’un des pays les plus pauvres du monde. Pour le mariage de sa fille en 2006, il a dépensé plus de 50 millions de dollars en cadeaux et réceptions, trois fois le budget santé de l’état (1 dollar par habitant et par an pour l’éducation et la santé en Birmanie).

Than Shwe a fait détruire plus de villages qu’Al Bashir au Soudan, organisé plus de campagnes de viol que Milosevic, et recruté plus d’enfants-soldats que dans beaucoup de pays d’Afrique qui pourtant détiennent la palme.

Le nom de cet homme inspire la terreur dans son propre pays. Than Shwe évoque l’HORREUR et le RIDICULE (ça va souvent ensemble chez les dictateurs) : Violation des droits de l’homme, crimes contre l’humanité, génocide. Il a déplacé Rangoon la capitale pour en créer une nouvelle, en plein milieu de la jungle, une ville nommée « seat of kings »,  « siège des rois »,  sur les seuls conseils de ses astrologues et voyants.

« Il n’a pas toujours été un monstre » écrit Benedict Rogers qui lui consacre une biographie ( “Than Shwe, unmasking Burma’s tyrant”  – prefacee par Vaclav Havel –  “Editions Silkworm Books) “C’était un enfant calme qui a commencé sa carrière comme employé des postes. Tout comme son prédécesseur Ne Win,  surnommé «  le boucher »)”. Il y aurait donc un chemin en Birmanie entre postier et tyran !!

 On peut légitimement se demander comment il est possible d’être aussi cruel… J’ai l’impression que ce qui domine chez les dictateurs de la planète, ce n’est pas tant leur cruauté – réelle –  que leur impossibilité absolue à éprouver la moindre émotion, la moindre empathie pour les autres. Ça plus le goût obscène du pouvoir, plus un narcissisme abyssal, plus ce quelque chose qu’ont parfois les enfants, mais qui disparaît avec l’éducation… quelque chose comme : «  Je fais ce que je veux et tu vas voir si on peut m’en empêcher » !

Aujourd’hui, 8 septembre 2017

Thein Sein a succédé à Than Shwe le 30 mars 2011. C’est aussi un pur produit de la junte et avec lui tous les militaires ont quitté l’uniforme pour revenir aux vêtements civils.  Puis lui aussi a cédé le pouvoir à Hten Kyaw élu démocratiquement (ça a une certaine saveur ironique en Birmanie !!)   Tout le monde voulait Aung San Suu Kyi) mais la constitution empêche une femme qui a été mariée à un étranger d’être à la tête du pays. Donc Hten Kyaw est président, mais Aung San Su Kyi est présidente de facto, avec les titres de porte parole du gouvernement, ministre des affaires étrangères et conseillère spéciale du président. En fait la Birmanie est toujours sous la coupe des militaires.

La province de l’Arakan est  à feu et à sang. Les Rohyngias musulmans s’estiment traités comme des citoyens de seconde zone alors se révoltent contre tout ce qui symbolise l’état. L’Arsa (Arakan Rohyngia Salvation Army) a attaqué plusieurs postes de police, fin août. L’armée a répliqué. Quelques centaines de morts dans les 2 camps.  125 000 Rohyngias ont trouvé refuge au Bangla Desh voisin d’où ils sont originaires.

Depuis l’indépendance de 1948 la Birmanie, majoritairement bouddhiste et d’ethnie Bamar (ethnie dominante au milieu de plus de 130 ethnies dontles Karen, Chin, Shan, Mon etc..), fait la guerre à ces ethnies (frontière thaïlandaise, frontière chinoise) Et presque toujours dans le plus grand silence des médias, autant que je m’en souvienne. Je rappelle que ces ethnies sont chrétiennes ou animistes, ou les deux.

Aung San Suu Kyi est prisonnière des réalités politiques d’un pays où  pouvoir et clergé bouddhiste (500 000 bonzes) sont intimement mêlés.  Etre birman et bouddhiste est quasiment indissociable.

Karen ayant sauté sur une mine côté Birman, et qui a été traîné jusqu’à l’hôpital de Mae Sariang après des heures de marche dans la montagne. Arrivé trop tard, il a été amputé.  On m’a laissée – exceptionnellement – entrer à l’hôpital où Xavério venait rendre visite à ses compagnons.

Sur la photo de couverture. Photo prise au cours de la visite de ASSK au camp de Mae La

5 Replies to “Méfiez-vous des postiers !”

    1. En fait ils étaient 2 garçons : celui qui est sur la photo qui avait un ou 2 enfants, je ne sais plus, et un autre garçon de 17 ans, responsable de sa mère. A tous les deux j’ai donné assez d’argent pour s’acheter poules, canard, et 1 cochon (en baths, l’argent thaïlandais, qui valait beaucoup plus que l’argent birman….) J’étais entrée à l’hôpital avec la complicité d’une infirmière, car toutes les visites pour ces illégax étaient interdites

  1. Toute l’horreur, une fois de plus, d’une guerre ou guérilla entre ethnies. Mais c’est une guerre de religions. Les bouddhistes ne sont ils pas hommes de paix? Comment faire régner une entente entre tous.Ces pays sont obligés d’être sous dictature militaire..

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