La Birmanie, pays courtisé

Le passé éclaire le présent, même un passé proche

Je jette un oeil sur un passé proche, celui où je m’apprêtais à partir une fois de plus en Birmanie. C’était en février 2012 le pays s’ouvrait (un peu plus), les touristes arrivaient en masse, et on avait du mal à trouver des hôtels

La Birmanie semble être actuellement le pays le plus courtisé de la planète. Chacun veut sa part de gâteau de ce fabuleux pays traversé par Marco Polo et qui, de retour de ses voyages écrivait « Le devisement du monde ». Il  avait mis  tant de couleurs et de saveurs incroyables dans ses mémoires que plus tard, on qualifia ses écrits de « millions de mensonges ».

Une chose est certaine en ce qui concerne le Myanmar, ce pays est follement riche en gaz,  pétrole, minerais (l’or du pays Shan) fer, étain, pierres précieuses et bois de teck (forêts archi pillées, teck acheminé vers la Chine et la Thailande). Le jour où la Corée du Nord s’ouvrira, je me demande s’il y aura autant de candidats aux soi-disant « échanges ». C’est ce que clame la Thaïlande par la voix de son ministre des affaires étrangères : « Nous ne devons pas profiter de la Birmanie, mais établir un pont entre les deux pays. Ce n’est pas seulement l’occasion de faire du profit et du commerce, nous devons aussi consolider la stabilité et coopérer dans divers domaines tel l’éducation. » (sic)… Sauf que ce sont peut-être les birmans et les karens qui pourraient donner quelques leçons en matière d’éducation aux élèves thaïlandais. En effet, les thaïs ne s’intéressent pas à ses voisins et ne parlent aucune de leur langue. En revanche les birmans, karen, shan refugiés en Thailande parlent plusieurs langues locales, plus l’anglais et le thaï !!

BLOG Myanmar 13Photo prise à Miawaddy
BLOG, BURMA 2

Le monde est plein de bonnes intentions envers la Birmanie…comment aider ce pays à se démocratiser par exemple. Démocratie mot galvaudé s’il en est ! Je pense que la Thailande est assez pressée de renvoyer vers leur pays d’origine, tous les réfugiés de Birmanie qui vivent actuellement dans les camps le long de la frontière. Tout en gardant la main-d’œuvre « cheap », de la femme de ménage des hôtels de Bangkok, en passant par les gardiens d’immeubles à Chiang Mai, ils viennent presque tous « d’ailleurs », ce qui ne saute pas aux yeux des touristes.

Les périodes de transition sont des périodes dangereusement intéressantes. Des périodes de tous les possibles, d’exaltations, d’espoirs, de tâtonnements et de grandes plongées dans l’inconnu et donc… de vertiges. Des fins de règne et de nouveaux horizons, d’opportunités pour les bonnes volontés, les rêveurs et les profiteurs.

Encore considéré comme un exotique pays bouddhiste par beaucoup, comme un pays de gens souriants, c’est aussi et encore un pays dirigé par la plus répressive des juntes, mais surtout un pays carrefour de toutes les civilisations du sud-est asiatique.

« Se rappelle-t-on » écrit Thant Myint-U, historien birman, « qu’au 16e siècle, les pirates portugais puis les samouraïs japonais et les princes persans manigançaient et complotaient pour obtenir le pouvoir à la cour d’Arakan, ou de la première guerre anglo-birmane de 1824 alors que les rockets et les bateaux à vapeur de la Compagnie des Indes se battaient contre les éléphants et les porteurs de « mousquets » du roi de Ava. Et plus proche aujourd’hui, de l’occupation britannique durant un siècle, de la dévastation occasionnée par la seconde guerre mondiale, de la sanglante guerre civile de la fin des années 40 et de l’invasion chinoise du début des années 50 ? »

Il est intéressant, en découvrant ce pays, de jeter un œil sur son passé, pour en comprendre son présent. Passé tumultueux ou glorieux que les autorités « bétonnent » ou « restaurent » (selon le point de vue où l’on se place)… comme les temples de Bagan.

Le danger aujourd’hui est que tout va vite, trop vite, et que pour accommoder un tourisme pressé, les dirigeants se contentent de colmater le passé, comme ils colmatent les vestiges des temples par exemple.

Colmater à toute vitesse pour gommer le passé, colmater pour faire du vrai-faux ou du faux-vrai pour les nouveaux visiteurs que nous sommes.

 

2 Replies to “La Birmanie, pays courtisé”

  1. Bonjour Michèle Jullian,

    Votre premier paragraphe explique donc pourquoi le monde ne se préoccupe pas plus depuis des décennies du sort des Rohingas, il ne faut surtout pas se mettre mal avec la Birmanie, toujours la même chose, piller les pays qui ont des richesses avec bien sûr des contre parties!!! Enfin c’est en partie ce que je comprends???

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