Des écoles coraniques en pays de lignée matrilinéaire

Y- a-t ’il plusieurs façons de lire le coran ?

Certaines femmes liraient-elles (ou interpréteraient-elles) le Coran de façon différente de celle de certains hommes musulmans, imams ou pas ? Ce serait le cas en Indonésie, premier pays musulman au monde si l’on considère le nombre d’adeptes de cette religion.

Ces dernières semaines, une certaine presse (Le Courrier International, le Monde, entre autres) a parlé d’une école en Indonésie dont le but est d’éduquer les filles aussi bien que les garçons.  Ces articles mettaient en lumière une école située à Sumatra occidental, dans la ville de Padang (cela a son importance, j’en parlerai plus bas)

Cette école mixte, du primaire au secondaire, appelée Diniyyah Puteri, se vante d’assurer le même enseignement, aussi bien aux filles qu’aux garçons, « afin de battre en brèche l’obscurantisme religieux ». Ecoles (il y en aurait plusieurs semble-t-il) créées au début du 20è siècle par l’arrière-grand-mère de l’actuelle directrice, elle-même petite fille de l’ancien Président indonésien Abdurrahman Wahid.)

Dans cette école de Padang – capitale de la province de Sumatra occidental – on enseigne l’égalité des genres, l’égalité des chances, donc la parité homme/femme. « Une parité qui serait inscrite dans le Coran » signale la directrice qui cite le verset 97 de la sourate des abeilles An-Nahl. Je la cite encore : « Dans l’islam il n’y a pas d’interdit empêchant les femmes de remplir une fonction importante dans la société : présidente, ministre ou diplomate. « C’est sur cette base que je veux participer à la construction de notre nation, à travers l’éducation, spécialement celle des femmes. »

La femme égale de l’homme dans le Coran à Sumatra Ouest ?     Je me pose cette question car dans un autre état, celui de Sumatra nord – à Banda Aceh –  sévit la sharia.

Le programme égalitaire de cette école enseigne aux filles le droit de rêver à leur avenir, il dispense également des cours de jurisprudence islamique, et tous les élèves, garçons ou filles, sont invités à étudier des courants différents de pensée de celui auquel ils adhèrent, « afin d’apprendre à s’approcher d’autres interprétations et apprendre ainsi à ne pas clamer que la leur et la seule valide »

Sumatra le pays des Minang (victorieux)

Je connais Sumatra pour y être allée souvent ces dernières années (et déjà il y a 40 ans), Je connais la région de Padang où se situe cette école modèle… je me suis donc fait cette réflexion qu’il serait intéressant de situer Padang dans cette province de Sumatra où vivent plus de 6 millions de Minangkabau ou Minang qui occupent souvent des positions importantes dans la société indonésienne. Ils seraient 8 millions au total, en Indonésie et en Malaisie.

Mon point de vue sur le contexte :

Les Minang sont des musulmans atypiques, ils forment le plus grand groupe matrilinéaire (ascendance maternelle) au monde. Chez les Minang, les biens se transmettent de mère en fille. Une femme Minang qui tenait son restaurant face à mon hôtel à Padang m’expliquait : « ben oui, puisque les hommes musulmans peuvent avoir jusqu’à 4 femmes, la fortune familiale s’éparpille et il n’en reste rien après quelques générations ! »

Avant l’implantation de l’Islam à Sumatra, (vers le XIIIe siècle), les Minang pratiquaient une forme d’animisme codifié par des règles appelées « adit » (« traditions »). Devenus musulmans, ils ont réussi à concilier cet « adit » de tradition matrilinéaire et l’Islam. Les enfants portent le nom de clan de la mère et pour le mariage c’est la fille qui vient demander la main du garçon. En cas de divorce, la femme garde les enfants.

William Watson, anthropologue écrit : « le mari est un étranger dans la famille de sa femme – situation difficile à vivre pour l’homme qui ne dispose d’aucun droit sur le foyer conjugal – qui peut le mettre à la porte si elle le souhaite. »

Sur le plan historique je rappelle qu’au milieu du XIXe il y eut des conflits sévères entre imams influencés par le wahhabisme et revenant de la Mecque en Arabie Saoudite. Ils étaient opposés au culte et croyances des esprits (animisme : adat), mais le droit de propriété, en revanche, n’a jamais semblé poser de problème.

« Cependant le femme Minangkabau ne possède pas LE pouvoir. Dans cette société de clans, l’oncle maternel « mamak » est en fait le père, le personnage le plus éminent de la famille ».

Alors des écoles islamiques où filles et garçons sont égaux ? oui sûrement, MAIS dans une région où les femmes, sans avoir le pouvoir absolu, ont des droits importants reconnus… Donc pas tout à fait le hasard.

école de Banda Aceh nord Sumatra (loi sous la sharia)
femme Minangkabau
mariage Minangkabau
pays Minangkabau
Femme Minangkabau le jour de son mariage
femme Minangkabau
invitation à un mariage Minangkabau

One Reply to “Des écoles coraniques en pays de lignée matrilinéaire”

  1. @Dans l’islam il n’y a pas d’interdit empêchant les femmes de remplir une fonction importante dans la société : présidente, ministre ou diplomate.”
    La preuve L Indonesie a élu Mergawati comme présidente de la république, Le Pakistan a bien élu Benazir Bhutto deux fois premier ministre, Zeti Akhtar Aziz fut durant 16 ans de 2000 à 2016 Directrice de la banque centrale de Malaisie( bank negara)

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