Arnaque à la « Cité Interdite »

 

A “tit for tat”… un prêté pour un rendu. Allez savoir !

Voyageant seule depuis des années – en fait depuis autant que je m’en souvienne – j’ai la chance d’avoir la faculté d’oublier les mauvais souvenirs. Je n’en raconte et n’en saisis le plus souvent que les bons, et d’ailleurs ils sont largement majoritaires.
Hier en regardant le documentaire sur Arte : “la cité interdite”, des souvenirs désagréables sur le moment, mais devenus drôles et quasi jouissifs avec le temps, me sont revenus en mémoire.

Je suis allée plusieurs fois en Chine. Depuis Chiang Mai vers Kunming, c’est-à-dire les provinces du Yunnan et du Guizhou, régions de montagnes et donc d’ethnies (non Han) de la Chine. Je décidais pourtant un jour d’aller à Pekin depuis Paris.

Voyager seule est un avantage  : je n’ai de compte à rendre à personne : je vagabonde à ma fantaisie, je me pose ou je me sauve.

A Pekin j’avais trouvé un minuscule hôtel de charme dans un “hutong” : une pièce minuscule de l’époque Qing (T’sing) dont la seule entrée de lumière était la porte qui ouvrait sur une cour intérieure.  Si l’emplacement avait un charme fou, il était dans un quartier isolé et si je me souviens bien, j’étais seule locataire de l’endroit finalement un rien sinistre et mal éclairé.  Pas de petit déjeuner, mais des boutiques de nouilles alentour.

Je passe sur les gentilles arnaques pékinoises : étudiants parlant différentes langues, dont la mienne, désireux de me faire visiter des galeries d’art ou autre. J’en viens à ma plus mémorable rencontre, dans le centre de Pékin.  Je la dois à une charmante étudiante qui m’accoste dans la rue. Défaut ou qualité, je ne rejette jamais une occasion de partager. Elle dit s’appeler Emilie. « Un nom pas très chinois » lui fais-je remarquer. « Oh mais ce prénom est en hommage à Emilie Dickinson » me répond-elle. Dans ces conditions comment ne pas faire un bout de chemin avec une jeune fille qui connait cette poétesse américaine. On bavarde un moment et c’est moi qui lui propose de continuer la conversation dans un café devant un thé. « Je connais un endroit » me dit Emilie. Je la suis. Dans une maison particulière et à l’écart de l’avenue.. On gravit quelques étages pour arriver à un minuscule salon où, me dit Emilie, je vais pouvoir déguster les thés les plus incroyables. La préposée au thé est une jeune femme en costume traditionnel, époque T’sing.  Avec les gestes aussi précis que ceux des « sadôs » japonais, elle me propose toutes sortes de thés, tous plus précieux les uns que les autres, dans un minuscule dé à coudre. Emilie, elle, ne boit pas. Après avoir goûté, un peu forcée à une quinzaine de thés les plus prestigieux de l’Empire du Milieu (je n’ose refuser à la belle Chinoise qui m’interdit de la photographier), je demande à partir. « oh pas avant d’avoir acheté un thé pour ma mère » me dit Emilie. Je choisis un paquet de thé, joliment emballé.  Vient ensuite le moment de payer. J’ai oublié le montant exact de la facture, perdu entre la translation du yuan en euro, mais c’est si élevé que je n’ai pas cet argent sur moi (je suis pourtant précautionneuse). Je demande à retirer le paquet destiné à la mère d’Emilie, en m’excusant. Malgré cela, je suis incapable de régler la facture. Je suis tombée dans un traquenard, je ne sais pas où je suis, pas moyen de prendre la poudre d’escampette. Je suis piégée. Par chance, je me souviens avoir une carte de crédit sur moi. Je règle donc l’addition qui doit se monter à environ 300 euros. Les thés étaient donc si précieux !!  Emilie veut me raccompagner jusqu’à la station de bus, je l’envoie promener.

Après cette déconvenue, je me rends à la Cité Interdite (la cité pourpre interdite) Je m’y promène un instant, mais il est déjà tard. Je meurs de faim, et j’en ai raz le bol des nouilles. J’ai repéré un hôtel 4 étoiles non loin de la Cité. Comme je ne sais pas où je suis exactement, et la Cité est immense, je prends un cyclo pousse direction l’hôtel 4 étoiles… Il me fait faire un tour interminable autour du palais impérial et m’arrête à l’arrière de l’hôtel, dans une partie sombre. Je ne suis pas en mesure de discuter, je suis simplement folle de rage, car en fait, je suis quasiment ramenée à mon point de départ. Je n’avais pas vu que l’hôtel était à 10 mètres de l’endroit où j’avais arrêté le cyclo. Je règle la somme astronomique demandée, le cyclo me rend un billet dont je ne vois pas la couleur tant il fait noir, le malin ne m’a pas arrêtée devant l’entrée éclairée de l’hôtel, mais à l’arrière, où se trouvent les garages

Bref, je commande mon dîner dans la coffee shop de l’hôtel en question et constate que le billet rendu par le cyclo est une monnaie d’un pays inconnu.  Après Emilie et la cérémonie du thé, c’est la 2è arnaque de la journée !

L’aventure n’est pas f. terminée, j’ai envie de m’amuser moi aussi et de me venger du cyclo, et j’en prends le risque.

C’est la nuit, j’arrête un cyclo et lui donne l’adresse de mon “hutong”. Il me fixe un prix, je dis d’accord (je baragouinais le mandarin à l’époque, merci Georges Zhong avec qui j’avais pris des cours accélérés avant de partir à Paris) avec l’intention de lui refiler le billet du pays inconnu. L’opération se passe sans encombre, car, par chance mon “hutong” est lui aussi dans un endroit peu éclairé.

Impressionné, par le montant à plusieurs chiffres qui figure sur le billet, le cyclo se saisit avidement de l’argent, pensant que je me suis trompée. Eh oui, une étrangère, c’est riche ! . Je lui dis , magnanime, « gardez la monnaie » Et il s’en va tandis que je me barricade dans ma cellule à la décoration pur style Mandchou. Satisfaite de mon bon tour. En anglais on dit « a tit for tat » (traduit par un « prêté pour un rendu »)

Je suis presque endormie, quand une des 2 petites qui font office de réceptionnistes, vient gratter à ma porte. Là pas besoin d’explication, je comprends que le cyclo a compris qu’il s’était fait arnaquer par l’étrangère. Je ne vais pas jouer au plus fin, je suis dans un pays où ma peau ne vaut pas grand-chose. Alors je joue l’innocente sans trop de difficulté. Comment, j’ai osé faire ça à un pauvre cyclo. Mais quel est le fils de pute (pardon je n’ai sûrement pas dis ça en mandarin de Pekin) qui m’a filé ce billet.

Bref, le lendemain, je quittais Beijing

 

la vie dans mon Hutong de Beijing

2 Replies to “Arnaque à la « Cité Interdite »”

  1. Parfois on se fait “avoir” sans s’en rendre compte chère Michèle, lorsque je voyageais à l’étranger je suis souvent sorti seul et quand je repense à certaines aventures j’en frémis…

    1. Merci de votre témoignage Bobby.. Racontez nous….Pour Pekin, je savais, on m’avait prévenue avant de partir. Des étudiants qui parlent toutes les langues (ils sont très forts les Chinois) et vous abordent dans la rue pour vous faire connaître une galerie. C’est – c’était – arnaque. Pour Emilie, je ne me suis pas méfiée, car c”est moi qui ai proposé de prendre un café pour poursuivre notre conversation.. Après… ce qui me serait arrivée si je n’avais pas payé…. on m’aurait amenée à la police (elle aussi complice sûrement). C’est – non pas le seul pays – car j’ai aimé certaines provinces chinoises où je n’ai pas eu de problème, mais c’est la première fois – à Pekin – où je suis partie en perdant mon billet d’avion pour en prendre un autre et aller à Bangkok au lieu de rentrer à Paris. Et où j’ai écourté mon voyage…..

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