L’art de la nuance et de la subtilité

On peut écrire sur tout, mais il y a l’art et la manière… japonaise par ex.

Il devient de plus en plus difficile de discuter de sujets qui font pourtant notre quotidien : politique, question migratoire, harcèlement sexuel. Que ce soit sur les réseaux sociaux ou entre amis. On n’argumente plus, on assène, on taloche, on cogne, on flagelle, on échine. Le temps est loin où la langue française était – dans le monde entier – celle de la diplomatie.

Pourtant on peut parler de tout avec délicatesse et subtilité, en utilisant un vocabulaire simple. La preuve, non pas par image, mais avec des mots, ceux de Tanizaki Jun’Ichiro. Pour parler de quoi ? des toilettes !

« Voilà un lieu conçu pour la paix de l’âme » écrit-il dans « Louange de l’Ombre » Editions Picquier. « Toujours placé à l’écart de l’habitation principale, derrière un bosquet qui exhume l’odeur de la mousse et de la verdure, on y accède par une galerie couverte. Quand je m’accroupis dans cette lumière sombre sous la douce clarté du reflet de l’écran coulissant en papier, j’entre en méditation à moins que ça ne soit dans la contemplation par la fenêtre. Natsume Sôseki considérait faire ses besoins chaque matin comme une volupté, voire, une jouissance physiologique paraît-il. Aussi n’est-il pas exagéré de dire que les toilettes sont l’endroit le plus finement pensé de l’architecture japonaise. Nos ancêtres, qui savaient rendre tout de façon poétique, ont créé un lieu raffiné, ont su enrober d’un imaginaire nostalgique l’endroit supposé le plus insalubre de la maison, le lier aux fleurs, aux oiseaux, au vent et à la lune. Nous touchons là au cœur de notre esthétique et nous nous révélons d’une sagesse bien plus profonde que les occidentaux qui considèrent ces lieux comme tabous au point d’éviter d’en prononcer le nom en public »

Il faut être allé au Japon pour connaître la sublime intimité de ces endroits ultra modernes, où chante quelque cascade ou musique douce dès que vous posez votre honorable postérieur sur la lunette tiède des toilettes …Tanizaki, lui, écrivait dans les années 1930

Et si on parlait de politique, de flux migratoires, de harcèlement sexuel, avec les mêmes mots : directs et pourtant délicats. Avec rigueur et douceur, simplicité et sophistication, courtoisie et distance, rigueur et finesse

Mais n’est pas japonais qui veut !

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