Voyage en trois temps

… Et non voyage en trois mouvements

 

Un voyage s’effectue presque toujours en trois temps. Il y a d’abord celui de la préparation qui  fait la part belle au rêve, à l’imagination. On se projette sans savoir, ou alors on plonge dans les romans de certains auteurs, qui, par la magie de leurs mots créent l’envie pour un continent, un peuple, une ville. Je ne serais probablement jamais allée à Bali sans avoir lu Vicky Baum et son « Sang et volupté à Bali », mais c’était il y a une éternité. Graham Green pour le Vietnam, Hougron pour le Laos, Loti pour Tahiti, Conrad, Kessel, Barthes ou Somerset Maugham et tant d’autres. Pourtant certains écrivains vous inciteraient plutôt à rester dans votre chambre, quitte à en faire le tour. Je pense à Evelyn Waugh parlant des pyramides d’Egypte « plus intéressantes de loin que de près » !! Je ne sais pas, n’y suis jamais allée, ni envie d’ailleurs.

sur les routes de Sumatra

Et puis il y a le voyage en lui-même, celui de la réalité, celui des kilomètres parcourus, de la terre arpentée à pied, en bus, en train ou en avion, pour sauter d’île en île. Le vrai voyage avec ses appétits satisfaits ou pas, avec ses coups de soleil et ses coups de blues, ses dysenteries et ampoules aux pieds, ses hôtels minables ou ses guesthouses où l’on voudrait poser son sac pour toujours.

village Minangkabau

Enfin il y a le retour avec ses souvenirs, ses images, ses instants fugaces d’échanges, de regards complices ou de festins partagés. Ce temps de la mémorisation que l’on peut faire durer toute une journée, toute une nuit, des semaines, des mois ou plus.

Par le biais de la photo, je partage ces instants et du coup, ils s’impriment dans ma mémoire et parfois dans celle des autres, et peut faire naître des envies de partir, en vrai ou sur place.

Mais personne ne fera jamais le même voyage

Car, en trois temps ou pas, préparé minutieusement ou impulsif, chaque voyage est unique parce qu’il est comme l’amour : parce que c’était lui, parce que c’était moi.

Sur le lac Toba

J’ai fait des voyages dans des contrée sublimes, croulant sous le tourisme de masse, et pourtant j’y ai vécu des moments d’intense solitude. (Vang Vieng au Laos)

Vang Vieng

J’ai marché dans des villes multiculturelles, capitales internationales, et j’y ai trouvé la complicité des arbres. (Kuala Lumpur en Malaisie)

Un arbre qui fait le poirier à Kuala Lumpur

J’allais à la recherche d’une fleur géante – la RAfflesia –  qui ne fleurit qu’une seule fois dans l’année et faute de ne pouvoir arpenter le chemin de jungle, je me suis retrouvée dans le plus fabuleux des mariages Minangkabau.

 

Mariage Minangkabau

Parce qu’il faut toujours garder une part d’innocence, d’aventure, accepter la part d’imprévu et même d’inconnu (suivre quelqu’un sans savoir où il va vous mener), quitte à être otage.

Mariage Batak à Toba

ET puis revenir en ayant attrapé le goût d’une autre langue. Pour l’Indonésien la méthode Assimile est bien plus pratique que celle de l’Inalco, qui dès la première leçon vous inculque des mots propres à la culture de Java avec noms d’instruments de musique traditionnelle. Je navigue entre les deux. En musique ou pas.

Finalement, la vie est un long « entre deux », qui va de la naissance à la mort, avec des temps morts entre deux voyages, programmés ou pas…car tout est voyage.

« La fin de la naissance est mort. La fin de la mort est naissance. Telle est la loi ». Bhagavad-Gita citée par Vicky Baum dans « Sang et Volupté à Bali »

2 Replies to “Voyage en trois temps”

  1. en trois temps pour moi aussi.
    d’abord tu annonces le voyage c’est comme la venue proche d’édition de tes livres, l’impatiente imagine en patience.
    Tu t’envoles, t’es sur place et tu nous entraînes avec toi chaque jour là bas. Moi novice je découvre ces personnes et leurs modes de vie, la couleur des pays, chaque soir je viens voir avec impatience, je peux te dire que quand rien (ce qui est rare) je suis presque déçue.
    Et puis tu reviens avant même qu’on s’en remette, qu’on comprenne qu’il va falloir calmer la frénésie mais le voyage continue POUR NOUS car tu postes encore pendant quelques temps vidéos, photos de ces voyages agrémentés de textes explicatifs (travail d’ECRIVAIN Reporter ) et tu réponds chaque jour à la moindre demande de précisions sur tes productions.
    Tu es riche et généreuse Michele, merci à toi pour les plaisirs que tu procures.

    1. J’ai approuvé ton commentaire Pia mais ma (fausse) modestie aurait dû ne pas le publier !! je rigole. J’adore tes réactions. C’est pour des personnes comme toi que ça vaut la peine de se décarcasser à, non seulement montrer, mais aussi à expliquer tout ce qui est « autre » et que j’ai plaisir, passion à découvrir au cours de mes voyages. Pour moi pas d’images sans texte. J’ai raté ma profession de professeurs des écoles !!!

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