A whiter shade of pale

Dis moi quelle couleur tu portes, je te dirai à quel parti tu appartiens, montre moi ta  peau je dirai ton origine

(écrit en Thaïlande en 2010)


La couleur, les couleurs…sujet important, vital en Thaïlande ! un sujet en train de devenir – au-delà des préoccupations politiques (parti rouge : “Peua thaï”, parti jaune :  ultra royalistes) – une véritable obsession, pour certains du moins.  Dis-moi quelle couleur tu portes, je dirai à quel parti politique tu appartiens ; montre-moi ta peau, je dirai ton origine…

Lorsque j’habitais Udon Thani, au cœur du pays Isan, hommes et femmes s’extasiaient sur la couleur de ma peau. Quelle chance j’avais d’avoir une complexion si claire ! Il y a longtemps que je ne m’exposais plus au soleil, comme à la belle époque du “sea, sex and sun”. Bref, aux regards d’envie, je répliquais, avec conviction : “Mais c’est moi qui aimerais avoir le bronze, le cuivre de votre peau”. Et eux de surenchérir : “sii dam, beurk” (noir, beurk). Pourtant le coté foncé, pour ne pas dire quasiment noir, offrait et offre toujours quelques avantages.


A la Sainte Mary’s school de Udon ou j’enseignais un temps l’anglais, deux jeunes profs de mes amies se lamentaient de ne pas attirer l’attention – de ne pas attiser le désir – de vieux “farangs” qui, eux, semblaient ne s’intéresser qu’aux “maigrichonnes black” (leurs mots), tandis qu’elles, d’origine chinoise, grassouillettes bien nourries et peau claire, se désespéraient de n’avoir aucune chance auprès des piliers de bars de Udon.


Cinq années plus tard, profitant de mon passage à Bangkok, je me baladais dans le très chic “Central” de Ploenchit. Dans une douce ambiance aseptisée, bercée par le merveilleux toucher d’un pianiste exerçant son talent au milieu du rez-de-chaussée, et hypnotisée par toutes ces beautés au teint de porcelaine derrière leur stand Dior, Chanel, Clinique, Shiseido, Ushu Uemura, je m’aventurais donc avec délice dans cette jungle de promesses de beauté, à la recherche d’une crème hydratante. Juste hydratante, en prévision de mes 15 heures de train. Elles étaient bien hydratantes ces crèmes, mais pas que. Hydratantes et “Whitening” (blanchissantes) Découragée, je laissais tomber. Blanche j’étais déjà, pas envie d’être plus “blanche que blanche” (tiens, ça me rappelle un truc de Coluche).


Le message est donc clair, en Thaïlande c’est mieux d’avoir la peau claire. La publicité à la télévision et dans les magazines est unanime : avec la peau foncée pas de réussite possible, pas de petit ami digne de ce nom, aucune chance de promotion ni même d’accéder à un job intéressant, et l’assurance de faire tapisserie en boite. L’horreur ! Mais avec Pond’s, Revlon ou autres, c’est la certitude de décrocher un bon job, un petit ami riche, plein d’amis… Le message subliminal de toutes ces pubs : le blanc c’est la chance, la réussite, l’argent, l’amour. En un mot, le bonheur. Pour 100 bahts, 500 bahts ou 2500 bahts, selon les marques et les bourses, pourquoi se priver ?


Est-ce l’influence occidentale qui aurait distillé cette certitude que “white is beautiful” ? hummm. En France, ce serait plutôt “black qui serait beautiful” ? Moi, je crois plutôt que cette tendance correspond à un sentiment nouveau chez beaucoup de thaïs d’origine chinoise : l’affirmation d’une appartenance parfois oubliée. Une “chinatitude” appelée aussi avec humour par certains : “jek tendancy”… une façon de se démarquer aussi d’une origine lao…fermière.


Si les “farangs” retraités épousent de préférence des filles brunes d’Isan, c’est parce qu’elles sont pauvres et recherchent la sécurité pour elles et leur famille, et puis parce qu’on aime souvent ce qui est différent.


Les Thaïes à la peau de péche (Bangkokienne en majorité), avec plus ou moins de sang chinois dans les veines, n’ont que faire du regard des “farangs” (surtout lorsqu’ils portent des shorts, des tongs et des kg sur le ventre…) Quelques farangs de mes connaissances, qui se croyaient irrésistibles dans le quartier des bars de “Loikrow” à Chiang Mai en ont été pour leurs frais. Ils se sont pris une sacrée claque, enfin, leur ego, en s’aventurant dans mon quartier d’étudiantes “filles à papa” de Nimmanheimmin. Transparents ils étaient ! Tellement “blanc de blanc” qu’ils en étaient “transparents”


“Whiter shade of pale” ? chantait le groupe Procole Harum.

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