La tente noire au fond du bivouac !

VOYAGE EN ANECDOTES AU MAROC

Pour moi, voyager c’est regarder, sentir, éprouver, réagir, fulminer, adorer, me révolter, m’enflammer, gratter la surface… et critiquer avec réalisme. On ne critique bien que ce que l’on aime selon le diction (ou l’ai-je inventé ?)

Le touriste, lui, passe souvent coincé par un timing serré et obligatoire; Je ne suis pas touriste, même si parfois je grimpe sur la bosse d’un dromadaire !

Retour au bivouac à Merzouga.

Je m’installe dans ma tente de luxe, mais en bonne parisienne qui aime écrire dans les lieux publics (le bruit, la foule me stimulent,)  je décide d’écrire dans la salle commune du bivouac, là où il y a  du passage : celui des serveurs et du personnel de cuisine avec lequel je plaisante, échange, écoute de la musique contestataire Touareg (oui oui ça existe et c’est superbe)

Pour ce premier soir, je suis quasiment seule au bivouac. L’un des 2 propriétaires (Aziz) vient s’installer en face de moi après le dîner. On parle. Il est charmant, charmeur.  A la marocaine, c’est-à-dire compliments gratuits et sans importance,  des mots lancés vite emportés par le vent du désert. D’autant que la tempête de sable qui a soufflé toute la journée souffle encore mais beaucoup plus légèrement..

Je porte un chèche blanc autour du cou. Aziz me dit « je vais t’en donner un qui correspondra mieux à ta complexion ». Il plonge dans un placard de la salle commune et sort un superbe chèche violet de 4 mètres de long, (comme tous les chèches). Offrir un chèche à un touriste –  homme ou femme –  est chose courante, normale même dans le désert, dès l’instant où l’on paye pour un  trek en dromadaire. Mais là,  pas de dromadaire à l’horizon !  Arrive enfin le moment, non pas de la proposition d’aller regarder la voix lactée, il est encore trop tôt, mais… du massage. Aziz a des mains et un toucher unique. Il se plante derrière moi et commence à me masser le dos. Ce n’est pas désagréable mais je sens la dérive… Est-ce que je n’aurais pas envie d’un vrai massage Touareg ??? »  Avec mille précautions je réponds que non, pas vraiment… il insiste et comme je ne suis pas sûre qu’il ait bien compris, je dénoue le chèche de ma tête et lui tend. Il le reprend, le goujat ! (Avare en plus)  Et moi je m’éclipse dans ma tente…..

Je ne le reverrai plus de mon séjour. Pas plus mal. Mais si les Marocains sont généreux en général, lui qui propose des tentes à 300 euros la nuit (la mienne, n’était qu’à 150 euros, mais sans le peignoir de bains il est vrai), lui est un vrai malotru ! Le lendemain, ma promenade en dromadaire avec un couple de Viennois  me coûtera 50 euros, alors que plus tard,  la même promenade mais trois fois plus longue depuis  l’auberge « Le Petit Prince », ne me coûtera que 16 euros.

50 euros, le prix de mon refus ?

Les jours ont passé. J’ai gardé un contact sympathique avec M, un des serveurs du bivouac. Belle élégance d’âme. Il ne me dit rien dans un premier temps, puis décide de me raconter la réalité « Behind the scene » – ce sont ses propres termes – lorsque je suis de retour à Paris.

Après mon refus, Aziz est blessé. Je croyais qu’il se ramassait souvent des gamelles et que pour oublier, il lui suffisait de se jeter une poignée de sable par-dessus la tête.  Mais non, le Marocain est fier, un refus remet sa pseudo virilité en cause, alors au lieu de se mettre la tête dans la dune, il commence à engueuler son personnel (les deux garçons qui avaient été adorables avec moi) « Cette femme est une emmerdeuse, une nana à problèmes (a-t-il tout à fait tort ? et refuser le sexe, c’est avoir des problèmes dans la tête, soit être timide, soit ne pas apprécier la vie – termes entendus par ailleurs – )  « Servez là” dit-il à ses employés, « mais  comme n’importe quelle cliente du bivouac, pas de différence ». Les deux garçons T et M  s’insurgent, et  en véritables chevaliers du désert, osent affronter leur patron et me défendre, un patron qui les considère comme de vulgaires esclaves, payés quasiment au pourboire. Ils sont si véhéments dans leur défense  « Très peu de clients se comportent avec nous comme cette femme l’a fait , elle est respectueuse, adorable,  etc.  C’est quelqu’un de bien, elle écrit… » . Résultat,  M est renvoyé du bivouac, en plein milieu du mois, T  quitte aussi le bivouac pour reprendre ses études.

Je reste en contact vocal  avec M qui devant ma colère passagère et mon dégoût justifié pour le comportement de son patron, me dit dans un anglais superbe : « Don’t worry it’s not only you. He does the same with all women traveling alone. En retrait du camp, vers la dune, loin des regards,  il y a une tente noire dont les pans cachent en partie ce qui se passe à l’intérieur, c’est là qu’il emmène habituellement ses proies pour regarder les étoiles. »

Regarder les étoiles…. Si un seul guide vous parle de ça, ladies, pensez à la tente noire au fond du bivouac. et fuyez !

Voici les termes exacts de M au cours de nos échanges depuis mon retour à Paris : « The best moments in the bivouac for T and I, was when you were there. And if I look beautiful in your eyes (photo) it’s because you, are beautiful.too. I told you the story of “behind the scene” so you now better for next time. This boss don’t respect us, he just gives orders like we are his slaves. He did not take time to appreciate you. He just saw your money and your body. He wanted to steal your money and use your body”. (relire mon article précédent)

Comme je posais la question à un de mes guides : «  Mais  où niques-tu ?  pour reprendre tes propres termes,  puisque tout est interdit au Maroc ? ” . Il n’a pas voulu me répondre…et pour cause…. J’ai maintenant la réponse.

Alors, les étoiles dans le ciel, la voie lactée la milky way depuis la tente au fond du bivouac. Forget it ! Vous êtes prévenues.

Et quand il n’y a pas de tente ? la Dune dans le désert. Faire l’amour dans le sable, ça grippe non ? . Ah j’oubliais, ils emmènent peut-être leur tapis de prières !!

2 Replies to “La tente noire au fond du bivouac !”

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.