Les mots n’ont pas le même sens ici qu’ailleurs

LA FORCE DES ANECDOTES

« L’orient est l’orient, l’occident est l’occident et jamais ces deux mondes ne parviendront à se comprendre » écrivait Rudyard Kipling…et de Gaulle dans ses Mémoires de Guerre (que je n’ai pas lues) écrivait, lui,  cette formule non moins célèbre « Vers l’Orient compliqué, je volais avec des idées simples »

Plus modestement, je fais dire à un des personnages de mon roman “THÉÂTRE D’OMBRES” (Edition de la Frémillerie) « On ne fait bien l’amour que dans sa propre langue » ! Et puis j’écris aussi ceci : « Dans les histoires d’amour entre deux cultures, il y en a toujours une qui prend le pas sur l’autre » (je développerai mieux sur le fond à l’occasion)

Pour en revenir à mon voyage en anecdotes au Maroc, en voici une, toute petite, sans importance apparemment, mais qui en dit long sur les difficultés en matière de communication entre deux cultures : l’arabo-musulmane et l’occidentale.

Je suis à Hassilbied près de Merzouga où j’ai passé une nuit (arrivée tard la veille par le bus depuis Ouarzazate) et j’y attends le propriétaire du bivouac qui doit m’amener au désert.

Il arrive, aimable et charmeur me dit : « J’ai une super idée, au lieu d’aller directement au désert (à une dizaine de kms en 4×4) j’ai une meilleure idée, je te propose, pour toi qui es photographe, d’aller au souk de Rissani à 30 kms d’ici, tu vas voir, il y a le marché, ce sera très intéressant pour toi. »  Je suis pressée d’aller jusqu’au bivouac, mais comment refuser une telle proposition ?

Nous nous mettons en route avec un chauffeur-ami et le propriétaire du bivouac (appelons-le Ahmed) vers le souk de Rissani. Dans le souk, Ahmed, marche devant moi. Je lui fais comprendre que s’il veut me perdre – moi qui m’arrête pour prendre des photos – c’est le meilleur moyen. De plus, je n’ai aucune idée de l’endroit où est parqué le 4×4. Mais ça ne rentre pas dans son comportement, donc je marche derrière et ne peux prendre quasiment aucune photo. Ce pourquoi j’étais initialement venue, selon lui.

Une heure passe puis deux, à traîner dans le souk, à paniquer dès l’instant où je perds Ahmed de vue, tandis que lui fait ses achats pour le bivouac. On remonte dans la voiture et on fait 3 fois le tour de la ville à la recherche de ciment ou autres produits, tous emballés dans de gros sacs fourgués à l’arrière de la voiture, à côté de moi.

Et tout à coup je réalise que la promenade au souk de Rissani n’est pas pour moi, mais pour eux. Pour faire leur course, leur marché.

Au lieu de me dire « Je dois faire des courses à Rissani, est-ce que ça ne te dérange pas de nous accompagner ? ce que j’aurais accepté de très bon cœur », Ahmed a voulu me donner l’impression qu’il faisait ce détour par Rissani, uniquement pour me faire plaisir.

Ce n’est rien, ce n’est qu’une petite anecdote sans importance, mais elle dénote l’incompréhension sur le fond et donc aussi, pour moi, sur l’essentiel (l’amour, les sentiments, le courage, la franchise etc..) entre nos deux cultures.

Pourquoi utiliser des voies alambiquées  quand on peut faire simple ?

Parce que c’est dans la nature de l’âme (marocaine, arabe, berbère, musulmane … au choix ou tout ensemble) Quel intérêt avait Ahmed à me dire la réalité « j’ai des courses à faire, viens avec nous » quand il pouvait se faire passer pour un guide sublime, gentil, adorable, merveilleux, qui va faire un grand détour de 60 kms (30 aller et retour) rien que pour la touriste que je suis et dans l’unique but de lui faire plaisir ?

Pensez-y à chaque proposition faite sur votre chemin ( mes amies). « Viens regarder les étoiles dans le désert » ne veut pas dire « regarder les étoiles » mais peut-être faire naître des émotions dans les yeux du guide qui n’a qu’une envie en général : s’envoyer dans les étoiles avec la femme blanche occidentale, supposée libre. Et pire « venue au Maroc pour le sexe » …

Conclusion : apprenez de chaque anecdote, elles sont d’un enrichissement incommensurable pour la compréhension d’un pays, de sa culture ou…. d’un homme qui dépend de ce pays et de cette culture.

6 Replies to “Les mots n’ont pas le même sens ici qu’ailleurs”

  1. Le musulman est affable, courbettes et “salamalek” en veux-tu, en voilà. J’ai bien remarqué, vivant en immersion, que chaque geste, chaque proposition, sont là pour masquer quelque chose, rien à voir avec une quelconque cordialité.
    Anecdote :
    Hier je sors mon chien comme je le fait 5 ou 6 fois quotidiennement.
    Le pseudo frère de l’épicier me dit :
    Ton chien il l’iboit !
    Parfois, lorsque que m’absente, en effet, vu le bruit qu’ils font dans l’arrière boutique qui donne sur notre cour, il “aboit”.
    Je regarde mon chien l’air faussement fâché et réponds :
    – quoi ? Tu es alcoolique Guizmo ? Ci pas bien !
    L’autre est resté coi !

    1. On a tous des anecdotes..; toujours intéressantes; Le problème c’est qu’on nous impose de vivre ensemble, alors que le moindre petit geste, mot, intonation, n’a pas la même signification ici que là-bas, chez nous que chez eux. Quand on a une relation un peu plus rapprochée avec un….arabe, musulman, berbère, marocain etc etc.il faut passer son temps à décortiquer les mots; J’ai parfois écrit des horreurs qui étaient prises pour des compliments, et parfois des petits mots sans signification qui ont été pris pour des horreurs; Vivre ensemble ? Je n’y crois pas. Alors s’aimer !!! faut pas rêver

  2. J’espère qu’il ne vous a pas fait payer cette charmante balade. Ce sont quasiment tous des menteurs et baratineursi, c’est dans leurs gènes, impossibles à changer même avec les progrès de la génétique. ..

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